par Julien Garnier
publié le

Baromètre 2019 des villes cyclables - Notre analyse

Les résultats de l’enquête de la FUB 1, dévoilés en début de mois, ont permis d’évaluer la qualité du système vélo des villes française. Le palmarès est disponible en ligne. Sans surprise, la ville de Pau est jugée comme « plutôt défavorable » à la pratique du vélo par les 625 répondants pour cette seule ville. Ceux-ci ont pointé du doigt le manque d’aménagements dédiés et l’insécurité sur plusieurs grands axes de fort transit. Pour Pau à Vélo, ces résultats sont cohérents avec les relations que l’association entretient avec les élus et les services techniques depuis des années. Néanmoins les municipales 2020 sont porteuses d’espoir et il ne parait pas concevable que la future équipe municipale, quelle qu’elle soit, reste une nouvelle fois aveugle aux évolutions nécessaires et souhaitées par une part grandissante de la population paloise.

Résultats du baromètre des villes cyclables

Les notes sont sur 6. Accèdez aux détails des résultats sur parlons-velo.fr.

Si la note globale a légèrement progressé, notamment grâce aux offres de services, l’écart avec des villes situées en tête de classement est toujours marqué. Comme le montre la comparaison avec La Rochelle, ville de dimensions comparables, la marge de progrès pour la ville de Pau reste importante.

En 2014, sollicité par l’association Pau à Vélo, M. Bayrou avait pris des positions fortes en faveur des déplacements à vélo s’articulant autour de 3 axes principaux :

  • Dialogue
  • Sécurisation
  • Développement

Manifestement, ces engagements n’auront pas suffi à rendre Pau pleinement accessible aux mobilités actives.

Le développement 🔗︎

Une partie de la ville a en effet pu bénéficier du développement de voies cyclables, comme le cours Lyautey et les allées Catherine de Bourbon, refaits pour l’implantation des voies propres Febus, ou encore la modification de la rue Carnot avec une place accrue pour les cyclistes. Citons également l’implantation d’arceaux de stationnements, permettant la sécurisation des vélos, dans de nombreux quartiers.

Malheureusement, la politique de développement du réseau cyclable à Pau se résume bien trop souvent aux bandes peintes au sol sur des axes qui nécessitent une réelle séparation du flux motorisé. Et le morcellement des aménagements ne permet pas d’établir une réelle continuité permettant des déplacements serein d’un bout à l’autre de la ville. Aussi, parmis les endroits où la muncipalité a voulu offrir aux cycliste une voie séparée des voiture, la solution a souvent été adoptée de leur faire partager l’espace avec les piétons, comme sur le boulevard des Pyrénées ou l’avenue de Saragosse. Cette situation s’avère souvent inconfortable pour les piétons et contraignante pour les cyclistes.

Par ailleurs les rénovations de nombreuses rues de la ville auraient été l’occasion d’étendre le réseau, comme le prévoit la loi (LAURE puis LOM), qui rend obligatoire la création d’une voie dédiée aux cycles lors des travaux. Malheureusement le mépris de cette loi n’a pas permis à la rue d’Etigny et au tracé Febus en centre-ville, par exemple, de bénéficier de cette réfection de voirie.

La sécurisation 🔗︎

Parmi les six critères de notation du baromètre, la sécurité, notée 2.54 sur 6, apparait comme la faiblesse majeure du réseau cyclable palois.

Une nouvelle fois, comme le montre la cartographie des points noirs de l’enquête, l’absence d’aménagement sur les grands axes, les ronds points ainsi que le manque de connexion entre les communes de l’agglomération paloise sont responsables de ce sentiment d’insécurité. Sans surprise, les usagers de la bicyclette ont une fois de plus mis en lumière les principaux points sur lesquels Pau à Vélo n’a de cesse de demander des évolutions drastiques. Nous ne citerons que les deux lieux les plus emblématiques :

  • Le boulevard Alsace Lorraine et ses extrémités (foire expo et avenue du Gal De Gaulle) ainsi que son carrefour central, pourtant refait à neuf (mais sans prise en compte des recommandations des usagers)
  • La rue et le pont du 14 juillet et la rue Marca

Parce que l’action de Pau à vélo s’inscrit dans le temps, il parait indispensable d’apporter un point de vigilance particulier aux aménagements aux abords des établissements scolaires afin que les élèves venant à vélo se déplacent en sécurité, pour que ceux qui ne le font pas puissent un jour franchir le pas sans avoir peur de risquer leur vie et que chacun de ces adultes en devenir considère le vélo comme un moyen de déplacement aussi évident que l’est aujourd’hui la voiture. Dans ce contexte, nous sommes particulièrement déçus de l’état actuel du boulevard Barbanègre (Lycées L. Barthou et St Cricq, collège M. de Navarre et école Bosquet) alors qu’en 2014 M. Bayrou avait pris l’engagement suivant : « Les abords des établissements scolaires doivent être apaisés voire sécurisés en donnant la priorité aux piétons, vélos et personnes à mobilité réduite. Je serai intransigeant sur cet aspect pour nos concitoyens et en particulier pour nos enfants ».

L’ensemble des points noirs, dans le centre-ville de Pau, identifiés par les répondants au baromètre 2019 des villes cyclables

Retrouvez la cartographie interactive des points noirs sur parlons-velo.fr

Le dialogue 🔗︎

Le dialogue nous parait à la fois être l’explication de ces résultats médiocres, mais aussi la clé pour que la prochaine mandature devienne celle de l’essor du vélo à Pau.

Les relations que l’association Pau à Vélo a essayé de créer avec les élus et les services techniques ont toujours été poussives. Les rares occasions où les élus ont daigné nous écouter ont trop souvent été provoqué par le tapage médiatique (qui reste modeste, à l’échelle d’une association locale) autour d’aménagements clairement défectueux. « Je souhaite que votre association […] soit consultée en amont de tout projet d’aménagement urbain et de voirie » nous promettait M. Bayrou en 2014. Ça n’a quasiment jamais été le cas, et la mise en place d’un vrai dialogue au dernier trimestre avant les élections nous fait regretter amèrement le mandat passé sans avoir pu en bénéficier !

Nous n’avons pas l’arrogance de croire que toutes nos propositions sont parfaites et doivent être mises en place, mais nous avons clairement l’expérience d’années de pratiques quotidiennes du vélo en ville, qui nous permettent de savoir quels sont les aménagements à privilégier et ceux à éviter. Nous comptons parmi nos adhérents, des personnes qui suivent des formations et se tiennent informés des retours d’expériences d’aménagements testés dans d’autre villes ou pays. Il nous parait alors tout à fait regrettable que le développement de la ville de Pau ne puisse pas bénéficier de ces compétences, simplement par un manque de considération chronique de la part des élus et services techniques à l’égard de notre association.

Et demain ? 🔗︎

Parce que l’engagement associatif se construit autour de convictions, nous sommes persuadés que la prochaine équipe municipale, quelle qu’elle soit, s’engagera fortement en faveur des mobilités actives. En effet, il est difficile de rester aveugle face aux changements d’habitudes de déplacements des habitants de l’agglomération : alors qu’il y a seulement 2 ans, il était rare de croiser des cyclistes partant au travail au petit matin, ceux-ci sont chaque jour plus nombreux. L’explosion de la demande de location longue durée des vélos électriques idelis est aussi un indicateur de premier ordre sur cette récente évolution.

La volonté de changement est là, et la nouvelle équipe municipale se doit d’y répondre afin de ne pas laisser Pau ancré dans le XXème siècle. Ajoutons à cela 2 raisons :

  • Les communes de l’agglomération ont toute rédigé le PLUI, approuvé le 19 décembre dernier, dans lequel la promotion des mobilités actives ainsi que la diminution de la place de la voiture en ville sont de nombreuses fois citées comme des évolutions souhaitables de la société.
  • Les bénéfices du vélo ne sont plus à démontrer, tant du point de vue personnel (économies réalisées, santé préservée…) que du point de vue de la société (réduction de la pollution et du bruit, apaisement de la circulation, sauvegarde des infrastructures…). Pourquoi continuer à entraver l’essor d’une pratique qui apporte tant ?

Pau à vélo souhaite jouer un rôle moteur dans le développement des mobilités actives, et a rédigé des manifestes et des questionnaires à l’attention des électeurs et des candidats qui participeront aux prochaines élections municipales, dans plusieurs villes du coeur d’agglomération.


  1. FUB : Fédération des Usagers de la bicylette. La FUB fédère toutes les associations locales qui, comme Pau à Vélo, oeuvrent pour favoriser les déplacements à vélo. La FUB porte cette cause à l’échelon national. ↩︎